« Ils sont fous ces hollandais ! »
Les botanistes français et britanniques du XVIIème siècle avaient du mal à comprendre l’engouement des Hollandais pour les tulipes. Mais loin d’être juste une tocade d’esthètes, cette passion est à inscrire dans le caractère unique d’un peuple qui transforma un handicap en une source de richesses.
Dans une économie européenne dominée par l’agriculture et la culture du blé, les terres inondables des Pays-Bas posaient un vrai dilemme.
Que fait-on quant on n’a pas de terres agricoles?
Que fait-on quand on n’a pas de matières premières ?
On l’importe. Tout simplement !
Et pour financer les importations, l’on développe des produits et des services nouveaux. Ainsi l’arrière pays d’Amsterdam cultive des denrées sophistiquées (lin, chanvre, colza, houblon), élèves des moutons, développe l’industrie des colorants et la mécanisation du filage. Amsterdam teint les draps de laine vierge de toute l’Europe.
L’industrie des colorants nécessite des plantes, les marchants hollandais vont les chercher aux quatre coins du monde. Leur flotte navale, l’une des mieux armées, contrôle les routes maritimes et favorise les échanges. De nombreuses plantes rares et exotiques, dont les tulipes, arrivent aux Pays Bas. Il s’agit pour les Hollandais de créer des produits à forte valeur ajoutée et de les revendre à toute l’Europe. La tulipe sont l’une des ceux-là.
D’autres industries de transformation voient le jour : des chantiers navals, des raffineries de sucre, des manufactures de tabac, des tailleries de diamants, des savonneries et des huileries.
« Au début du 17ème siècle, la flotte hollandaise transporte trois quarts des grains, du sel et du bois et la moitié des métaux et textiles de toute l’Europe. La Compagnie des Indes, puis la Bourse et la Banque d’Amsterdam transforment la puissance navale en domination financière, commerciale et industrielle.
Le reste du monde assiste, fasciné, à ce triomphe qui va durer près de deux siècles ».
En 1764, Voltaire écrit :
« Ils n’ont point de blé, dites-vous; ils en ont plus que l’Angleterre et la France. Qui est réellement possesseur du blé? C’est le marchand qui l’achète du laboureur. (..) Tel est le Hollandais; il achète partout, et revend partout; il n’y a point pour lui de mauvaise récolte; il est toujours prêt à secourir pour de l’argent ceux qui manquent de farine ».
Dictionnaire philosophique - section 2 – Richesse du blé